New York : Dre Siré Nabé fait entendre la voix des femmes guinéennes à la CSW70
Médecin radiologue, enseignante-chercheure et assistante à la Faculté des sciences et techniques de la santé de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, également présidente de l’ONG Savifem, Dre Siré Nabé a participé à la 70e session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (CSW70), qui s’est tenue du 9 au 19 mars au siège des Nations unies à New York. Dans un entretien accordé à notre rédaction ce vendredi 27 mars 2026, elle revient sur les enjeux de cette rencontre internationale, les avancées de la Guinée en matière de droits des femmes et les défis qui restent à relever.
Dre Siré Nabé est à la tête de Savifem (Sauvons la Vie des Femmes) , une organisation non gouvernementale à but non lucratif active depuis trois ans. « Nous œuvrons pour améliorer la santé globale des femmes, avec un focus particulier sur la santé maternelle et les cancers gynécologiques, notamment le cancer du sein et le cancer du col de l’utérus », explique‑t‑elle.
L’ONG mène des actions concrètes à travers le pays : « Nous avons mené de nombreuses campagnes de sensibilisation et de dépistage à travers le pays, notamment à Kamsar, Faranah et Forécariah. Ces actions ont permis d’informer les femmes sur les facteurs de risque et les signes d’alerte liés à ces pathologies », précise la présidente.
Au‑delà de la santé, Savifem intervient également sur les questions sociales et de droits humains : « Nous développons des programmes autour de la santé maternelle et infantile, des droits sexuels et reproductifs, de la lutte contre les violences basées sur le genre et des mutilations génitales féminines », souligne‑t‑elle.
La présence de Dre Siré Nabé à la CSW70 a été rendue possible grâce au soutien du ministère de la Famille et des Solidarités. « Je tiens à remercier Madame la ministre Patricia Lamah et son prédécesseur Charlotte Daffé pour l’opportunité de représenter la Guinée », confie‑t‑elle. Elle ajoute un mot pour la mission permanente de la Guinée auprès des Nations Unies et le corps diplomatique, dont l’accompagnement logistique a facilité sa participation.
Placée sous le thème de l’accès à la justice pour les femmes et les filles, cette 70e session a été, selon Dre Siré Nabé, « un moment riche en échanges, en apprentissages et en opportunités ».
Elle détaille : « Nous avons participé à plusieurs événements parallèles réunissant décideurs internationaux, partenaires techniques et financiers, ONG et représentants de nombreux pays ». Les débats ont permis de rappeler un constat partagé : « Faciliter l’accès à la justice pour les femmes et les filles est essentiel. Cette question dépasse le cadre sanitaire, incluant la lutte contre les violences basées sur le genre, l’accès aux juridictions et la protection des victimes », insiste‑t‑elle.
Avant le départ pour New York, un travail préparatoire important a été mené en Guinée. « Nous avons suivi des ateliers et des formations pour mieux comprendre les mécanismes existants et les efforts déjà engagés par l’État guinéen », explique la présidente de Savifem. Elle rappelle que la Guinée dispose déjà de dispositifs pour protéger les femmes : « Des structures spécialisées, des juridictions compétentes et des textes législatifs tels que le Code pénal et le Code civil sanctionnent les violences basées sur le genre. Le pays a également ratifié des conventions internationales majeures, dont le Protocole de Maputo et la CEDAW ». Malgré ces acquis, « beaucoup reste à faire. Il est essentiel de renforcer les mécanismes existants, ce qui nécessite un appui technique et financier, de la part de l’État et des partenaires internationaux », insiste madame Nabé.
En tant qu’ONG de la société civile, Savifem bénéficie d’un accompagnement technique du ministère de la Santé, mais a besoin de renforcer ses capacités financières pour intensifier ses actions. « Nous sommes en contact direct avec les populations et connaissons les réalités vécues par les femmes, notamment en matière d’accès à la justice et d’autonomisation », ajoute‑t‑elle.
La présidente Siré Nabé adresse un message aux femmes guinéennes : « Il est essentiel de ne pas avoir peur de dénoncer. La peur de la stigmatisation reste un frein, mais plusieurs mécanismes existent pour accompagner les victimes, parfois même de manière anonyme. Recours, structures d’accompagnement et dispositifs de soutien judiciaire sont disponibles. Il est crucial de sortir du silence, de se rapprocher des structures compétentes et de faire valoir ses droits ». Elle conclut : « C’est à travers la sensibilisation, l’engagement des ONG, des médias et des institutions que nous pourrons faire comprendre aux femmes qu’elles ne sont pas seules et que l’accès à la justice est une réalité possible ».
Par Madiba Kaba & Ibrahima Sory Touré

