Jacques Chirac: mort d’un géant politique proche des Français

L’ancien président Jacques Chirac s’est éteint ce jeudi 26 septembre à l’âge de 86 ans. Avec lui disparaît un véritable « monument » de la vie politique française. Selon un sondage réalisé en printemps 2015, Jacques Chirac était le chef de l’État préféré des Français.

Pendant plus de quatre décennies, Jacques Chirac aura accompagné la vie des Français, détenant ainsi le parcours le plus impressionnant en durée de la Ve République, avec 42 ans de vie politique ininterrompue : deux fois Premier ministre, 18 ans maire de Paris et surtout, bien sûr, deux fois président de la République. Un véritable record de longévité politique et un destin hors norme pour ce battant qui aura su capter l’affection des Français et leur reconnaissance malgré un bilan en demi-teinte après 12 années passées à la tête de l’État.

Jacques Chirac aura surtout marqué ses concitoyens par son action sur la scène internationale. Un des hauts faits de sa présidence restera sans conteste son opposition à la guerre américaine en Irak en 2003, lorsqu’il a endossé les habits de « combattant de la paix » face à George W. Bush. Cet épisode lui vaudra une popularité record en France, en Europe et dans le monde arabe.

Bilan mitigé sur la scène intérieure

Le bilan est en revanche nettement plus mitigé sur la scène intérieure. En mai 1995, la promesse de réduire la « fracture sociale » lui ouvre grand les portes de l’Élysée. Jacques Chirac est alors le pourfendeur de la pensée unique, fondée sur la réduction des déficits. Mais dès octobre, il met pourtant l’accent sur la rigueur budgétaire. Suivent les réformes impopulaires de son Premier ministre Alain Juppé sur les retraites et l’assurance maladie. La France plonge alors dans trois semaines de grèves et de manifestations.

La dissolution ratée de l’Assemblée nationale en 1997 marque un coup d’arrêt à sa politique. La défaite cinglante de son camp le contraint à la cohabitation pendant cinq ans avec le socialiste Lionel Jospin comme Premier ministre.

À l’issue de ce premier mandat, Jacques Chirac est pourtant réélu avec plus de 82% des voix face à Jean-Marie Le Pen, après le coup de tonnerre qu’a été la qualification du chef du Front national au second tour. Dès lors, les revers électoraux se succèdent. Aux élections régionales puis européennes en 2004, l’UMP subit une cinglante défaite. En mai 2005, les Français le désavouent à nouveau en rejetant par référendum le projet de Constitution européenne.

La fin de l’année est aussi marquée par les violences urbaines et le printemps suivant par la crise sur le CPE, le contrat premier embauche, porté par le chef du gouvernement Dominique de Villepin et finalement abandonné. La rénovation du modèle social restera l’un de ses principaux regrets, l’un de ses principaux échecs.

Son second mandat se terminera néanmoins par une éclaircie sur le front du chômage, et le succès de quelques grands chantiers comme la lutte contre le cancer et l’insécurité routière. Rompant avec ses prédécesseurs, Jacques Chirac aura aussi cherché à assumer les pages sombres de l’histoire du pays, reconnaissant notamment la responsabilité de l’État français dans la déportation des juifs sous le régime de Vichy.

Les parts d’ombre du préféré des Français

« Chaleureux, toujours attentif aux autres », selon ses amis ; « versatile et sans vision » pour ses détracteurs, Jacques Chirac aura été un véritable « animal politique », un battant qui se sera finalement forgé un destin hors norme avec également ses parts d’ombre.

Les fameuses affaires qui pourriront littéralement son second mandat et lui vaudront même une mise en examen à sa sortie de l’Élysée, dans l’affaire « des emplois fictifs » à la Mairie de Paris, une première pour un ancien chef de l’État.

Il y a également ses blessures plus intimes, l’anorexie de la fille « le grand drame de sa vie », comme il le confiera en fin de mandat. Rien pourtant qui n’arrêtera ce boulimique de pouvoir et dévoreur de vie : le « bulldozer », comme le surnommait le président Pompidou, le « grand », comme l’appelaient ses amis. Plus de 1,90 mètres d’énergie, bon vivant, amateur de bière et de tête de veau, mais également un amoureux de l’Afrique, passionné d’Asie, amateur de sumo et grand défenseur des « peuples oubliés ».

Jacques Chirac l’homme chaleureux, sympathique, le grand séducteur de ces dames également, était devenu, la retraite et la maladie aidant, l’homme politique préféré des Français.

Avec J.A

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