Interview : Facély II Mara raconte l’histoire de Diomba MARA

L’auteur,  Facély II Mara raconte ici une histoire vraie et vécue de Diomba MARA dans le livre: « LE CAÏMAN » S’EST TU POUR DE BON.

Nominé livre du mois (Mars), « LE CAÏMAN » S’EST TU POUR DE BON  est un livre qui raconte une histoire vraie et vécu dont les personnages sont vrais et certains encore en vie. Son auteur, Facély II Mara est un ancien fonctionnaire du PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement) et consultant en communication. Après avoir pris sa retraite, Facély II Mara décide de prendre sa plume pour écrire des livres, pourquoi écrire sur son père qui est comparé ici de CAIMAN ? Lisez !

 

Régional-info/Guinée : pourquoi écrire un livre sur votre père ?

Facély II Mara : « ‘’Facély II Mara’’, fils de Diomba Mara, se vante lui aussi d’être un Kouranko » : tel est le refrain qui me concerne dans la désormais célébrissime  chanson « Kourankoya » (= « Etre Kouranko ») de la griotte Aminata Kamissoko. A la différence de presque toutes les personnalités d’origine kouranko citées dans cette chanson, elle a ajouté, dans mon cas, à mon nom celui de mon vénéré père. « Pourquoi cela ? » me demanda un jour ma fille, une de ses petites filles, Mlle Bintia (elle réside en France), qui n’avait que trois (3) petites années lorsqu’il la prenait sur ses genoux. Il est probable que d’autres de sa descendance se soient posés la même question. Il est possible que des prochains, amoureux de la contrée kouranko, se soient interrogés eux aussi sur le sujet. Pour moi, « Le caïman s’est tu pour de bon… »  Se situe dans la logique d’une réponse à la question de mon adorée susmentionnée ».

 D’où vient le titre du livre : « Le caïman » s’est tu pour de bon – L’histoire de Diomba Mara » ?

« Sa mort inspira un talentueux et célébrissime artiste chanteur de la contrée kouranko, Lanciné. Il composa, dans la langue kouranko, deux belles chansons en sa mémoire, dont « Le caïman s’est tu pour de bon … ».

Après avoir lu le titre de mon livre, mon professeur, Yves Poulin, de l’ENAP de Québec/Canada m’a posé la question suivante: « Pourquoi traite – t- on ton père de « Caïman » ? ». Il ne comprenait pas cette comparaison. Pour  le faire comprendre aisément ce titre très original mais profondément culturel, faire comprendre à toutes celles et tous ceux qui poseront la même question que mon professeur, l’on a ajouté « L’histoire de Diomba Mara ». J’ai bon espoir qu’ils comprendront que le « caïman » (qui pourrait être traduit, dans le cas présent, par le « redoutable »), c’est bien Diomba. Il aurait pu être surnommé, comme l’en autorise notre culture, « Lion » ou « Hyène »… ».  

-Votre  « Caïman » est- il le seul et unique « Caïman » de votre zone géo- culturelle surnommée « Le pays des 15 jours de marche » ?

 « Je tiens à préciser, avec force, que la zone Kouranko a produit beaucoup d’autres « caïmans » (y compris des femmes dont ma grand-mère paternelle ; page 20). Les plus connus d’entre eux remontent à l’époque samorienne.

Un document publié lors de la grande rencontre du Kouranko – Lélé de Guinée et de Sierrra Léone tenue à Albadariah (Kissidougou – Guinée) en 2014, en cite près de 140. Mon « caïman » est, lui aussi, de ceux – là. Il y est fait cas de lui : « Djomba Mara, père de Facély II ». En pensant à mon « caïman », je pense à eux tous  également. Ne pouvant pas parler d’eux tous, j’ai choisi de parler de mon « caïman ». Uniquement. J’implore la compréhension et le pardon de ces  autres ‘’caïmans ‘’ ».

-Comment est structuré votre livre ?

« Le livre compte 171 pages. Il comprend :

Trois volets : « Remerciements » (à l’endroit de 4 personnes dont la griotte Aminata Kamissoko), « Dédicace », et « Avertissement »

Trois chapitres, 40 sous titres et une annexe.

Je propose une brève radiographie des chapitres.

Le chapitre 1 est titré « Sa mort… ». Je narre, dans ce chapitre, sa fin de vie ainsi que les évènements (dès fois mystiques) qui ont été engendrés par elle. Le chapitre comporte 11 sous –titres.

Le chapitre 2 est intitulé « Sur ses vies de militaire ou « Tirailleur sénégalais » et de garde cercle ou de « Corps habillé ». C’est la partie la plus palpitante de sa longue vie.  Ce sont ses « vies » qui lui ont permis d’être au firmament de la renommée, du succès et de la médisance. Il compte 13 sous – titres.

Le dernier chapitre, le 3, a pour titre « Sa deuxième vie de civil… ». C’est de la « seconde vie civile » qui est appelée « Période post retraite » dont il s’agit dans ce chapitre. A son actif plusieurs acquis. Cette seconde vie ne surprit point mon « caïman ». Il sut l’attendre. D’où « son » proverbe : « A ta vieillesse, tu ne pourras te réchauffer qu’avec les bois morts que tu auras amassés lors de ta jeunesse » (page 161). Le chapitre comporte 16 sous – titres.

L’Annexe est relative à la liste nominative de ses enfants (et leurs épouses respectives), et petits enfants. A la date du 29 avril 2015. Soit un total de plus de 60 personnes dont UNE TRENTAINE de petites et de petits fils ».

-Quelles leçons de vie prodigue ce livre à ses lecteurs?

« Sous tous les cieux, on y lit pour augmenter ses trois savoirs : le théorique, le savoir être et le savoir faire ; dans la perspective de « terrasser » la vie. Mon livre vous aidera-t -il dans ce sens ? Je réponds que « Oui ! ». Entre vos mains, le livre sera, je n’en doute point, un outil de travail. Qui vous aidera à vous construire. Telle l’abeille, sa ruche. Lorsque vous aurez lu le livre, vous comprendrez aisément que le « Caïman », mon père, demeure effectivement un homme dont on dit « Je ne l’ai jamais vu, mais néanmoins j’ai entendu parler de lui ». A cause du fait qu’il fut « utile ». Toute sa vie durant. Un de ses proverbes fut : « Ce n’est pas de la viande de l’être humain que l’on vit ; mais plutôt l’on vit de son utilité sociale ». Comment fut- il « utile » ? Tout à la fois, le « Caïman » fut :

-Un excellent (parce que rigoureux) applicateur de la loi en ses qualités de tirailleur sénégalais, de garde de cercle à la chéchia rouge, de garde républicain. Un défenseur du « Bleu – Blanc – Rouge ».

-Un détenteur de pouvoirs mystiques qui ont fait leurs preuves. Je fais état de ses relations avec ses serpents et leur termitière (qui n’abritait pas de termites), de ses relations avec ses abeilles, avec ses oiseaux et leur arbre ; de sa jarre toujours remplie d’une eau spéciale, de son boubou anti balles, de ses séances d’offrande aux génies, de ses bœufs qui étaient rarement attachés mais qui n’étaient jamais volés etc …

 -Un guérisseur, hors pair, de certaines maladies africaines générées par les mauvais sorts communément appelées « Gboya ».

-Un politicien local qui inspirait crainte et peur, qui choisissait, lui-même, les autres membres du Bureau,  qui était agréable à entendre tant il fut un orateur distingué.

-Un être humain qui fut doué d’une extraordinaire capacité de prophétie

-Un diseur de vérité au point qu’il fut surnommé aussi « Tounya Diomba » (« Diomba le véridique »). En effet, il disait toujours tout haut ce que tout le monde disait tout bas ! Mais toujours avec tact et humilité

 -Un ami et grand admirateur des « Maîtres de la parole ».

-Un connaisseur des us et coutumes de notre pays. Pour lui, « La marche dans la société impose à celui qui veut aller loin, la connaissance des us et coutumes des communautés en présence », etc.

Votre livre est- il un roman avec plein de fictions ?

« Pas du tout. Tous les faits qui y sont rapportés sont réels et vrais. Y compris les mythiques et les coïncidences. Toutes les personnes citées ont existé ou existent encore. Au total, une soixantaine ! Certaines, parmi elles, sont ici. En chair et en os.

Cependant, bien que le livre ne contienne aucune fable, je souhaite que sa lecture commence comme la narration d’un conte autour du bois de feu, dans une case ou au clair de lune … Autour du feu nourri, sont assis celles et ceux qui veulent entendre son odyssée.

Donc, il était une fois … ».

Quelles sont les sources sur lesquelles vous vous êtes  appuyé pour le produire ?

La rédaction de ce livre s’est appuyée sur QUATRE (4) supports. Elle a, donc, été possible grâce :

1- à ses deux Livrets, militaire (« Troupes Coloniales – classe 1934 – Matricule 42 771»)  et Garde de cercle (Matricules 2893 et 39 017) et à sa Carte d’Identité coloniale du 12 juillet 1952. De même que sa décoration. Il les a merveilleusement bien conservés. Cette conservation relève, pourrait on dire, du miracle eu égard à la déconsidération des archives que l’on observe dans notre société profondément orale. Pour moi, le soin mis par lui à les conserver, telle la prunelle de ses yeux, durant cinquante et neuf ans (59 ; 27 janvier 1934 au 29 septembre 1993) contient un message, son message à l’endroit de sa descendance. En voici, à mes yeux, sa teneur : « Faites en sorte que le contenu de mes Livrets soit connu de mes semblables un jour ». Chaque fois que je consulte ses Livrets, sa Carte d’Identité, la véracité du dicton latin « Verba volant, scripta manent », et du proverbe chinois « L’encre la plus pâle retient mieux que la mémoire la plus forte » s’enfonce davantage en moi.  

2-à ce que j’ai vu de mes propres yeux, vécu dans ma propre chaire en demeurant à côté de lui, et à ce que j’ai entendu, de mes propres oreilles, de lui. Mon « caïman » communiquait beaucoup. Mais, comme tout bon soldat, il avait une grande capacité de contrôle sur ses informations. Il ne donnait que celles qu’il voulait donner. Il m’en donna beaucoup tout de même. En tout cas suffisamment pour que j’en parle aujourd‘hui. 25 ans après sa mort survenue le 29 septembre 1993 (et  dont il eut « connaissance » puisqu’il sentait son « odeur » ; page 113)

3-à ce que j’ai entendu des autres sur lui, qu’ils soient parents, amis, simples connaissances ou « adversaires » cachés

4-aux cassettes audio sur lesquelles sont gravées sa voix ainsi que celles de certains de ceux là qui l’ont connu dans des circonstances différentes

Je remercie mon « caïman » pour s’être ouvert à moi. Je remercie également toutes celles et tous ceux qui, un jour ou l’autre, ont parlé de lui en ma présence, en présence de mes sœurs et frères. En bien ou en mal, peu importe ! L’essentiel : ils ont témoigné ! Chacun à sa façon. Librement.

Quel est votre mot de la fin?

Pour terminer, permettez que j’invite chacun à prendre une part active dans la promotion de ce livre à l’instar de M Jean Dangleterre lorsqu’il dit, de si belle manière, ce qui suit : « Je m’attacherai à partager ce livre avec ceux qui m’entourent (…) ». Faites comme ce bon Monsieur : partagez, vous aussi, ce livre avec celles et ceux qui vous entourent ! Je vous en supplie !

 J’en ai fini ! Merci de m’avoir donné la parole ! ».

 

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