A bâtons rompus avec Mme Virginie Touré (Interview)

Madame Virginie Touré est conseillère en développement agricole biologique. Elle opte pour une agriculture biologique sans produits chimiques pour un meilleur rendement et la préservation de la planète. Dans une interview accordée à la Rédaction du JOURNAL DES APPELS D’OFFRES & OFFRES D’EMPLOIS (JAO), Madame Virginie Touré nous parle de l‘agriculture biologique, ses avantages tant sur les plans de santé qu’économique mais aussi  de la mise en place d’une agence nationale dédiée à la promotion de l’agriculture  biologique d’une part et d’autre part d’une entreprise de certification des produits biologiques guinéens. Lisez

 

Madame Virgine Touré : Je lance aujourd’hui un appel à l’endroit du président de la République, du Premier Ministre, également de la ministre de l’agriculture, de doter la Guinée d’une agence d’agriculture biologique à l’instar des autres pays limitrophes…

Bonjour madame, voulez-vous, vous présenter à nos aimables lecteurs svp ?

Bonjour, je suis virginie Touré, épouse de BAGLION DE LA DUFFERIE, je suis conseillère en développement agricole biologique. Je sors de l’Université de Clairmont Auvergne (France) avec une licence en Agriculture Biologique conseil et développement.

Pourquoi avez-vous choisi de pratiquer l’agriculture biologique ?

J’ai un parcours assez atypique parce que depuis 25 ans, j’étais plutôt dans la communication et l’évènementiel mais il y’a deux ans de cela que j’ai décidé de revenir aux premiers amours de mon père. J’ai une conviction personnelle sur l’Agriculture Biologique, raison pour laquelle je suis revenue il y’a deux (2) ans à Sanoyah pour continuer les activités agricoles de mon père mais j’ai décidé de faire une agriculture saine sans l’utilisation des pesticides et au bout d’une année, je suis allée suivre cette licence en France pour comprendre l’agriculture biologique qui est très ancienne. J’ai voulu comprendre mieux, donc après mes études, je suis revenue au pays pour voir dans quelle mesure on peut aider la Guinée à mettre en place une politique de développement de l’agriculture biologique.

Qu’est-ce que l’Agriculture Biologique ?

L’agriculture biologique ou la production biologique est un système global de gestion agricole et de production alimentaire qui allie les meilleures pratiques environnementales, un haut degré de biodiversité, la préservation des ressources naturelles, l’application de normes élevées en matière de bien-être animal et une méthode de production respectant la préférence de certains consommateurs à l’égard de produits obtenus grâce à des substances et à des procédés naturels.

Quels sont les principes fondamentaux de l’agriculture biologique ?

La réglementation de l’agriculture biologique est basée sur des principes fondamentaux liés à une approche globale du système agricole et de son environnement. Ces principes fondamentaux sont entre autres : Maintenir et augmenter la fertilité et l’activité biologique des sols, favoriser le développement des auxiliaires et rechercher un équilibre avec les écosystèmes naturels, favoriser l’économie locale, favoriser la prévention contre les maladies, les parasites, les ravageurs et les mauvaises herbes, favoriser la biodiversité animale et végétale et enrichir les paysages.

Comment reconnait-on un produit bio ?

La question tombe bien parce que les gens ont tendance à se tromper. On dit bio, bio mais le mot exact,  ce sont les produits certifiés agriculture biologique qui a une marque « AB », c’est un tout petit carré dans lequel on met le numéro de l’organisme certificateur qui identifie le nom également du produit, ça permet de savoir que le produit a déjà été certifié, donc c’est un produit sûr, sur lequel on a pas trop de doutes, ça prouve qu’il n’y a pas eu de traces de pesticides lors de sa production et /ou de sa transformation.

Mais comment se fait la certification ?

Pour le moment, la Guinée n’est pas dotée d’un organisme certificateur. C’est la raison pour laquelle je suis là parce que moi, j’ai fait audit et certification. Pour être certifié, il faut contacter un organisme de certification. Le  producteur doit faire la demande auprès de l’organisme de certification qui envoie des auditeurs sur l’exploitation agricole afin de faire l’historique des parcelles et voir les pratiques agricoles de l’exploitant. Pour une exploitation qui utilise des pesticides, il faut trois ans pour que les produits soient certifiés agriculture biologique.

Pour la première année, vos produits ne seront pas certifiés Agriculture Biologique. En  deuxième année,  vos produits seront en conversion vers l’Agriculture Biologique mais ils ne seront toujours pas vendus avec la marque ‘’AB’’. C’est à la troisième année que vos produits peuvent être certifiés Agriculture Biologique.

En revanche, si vos champs sont en friches, il n’y a jamais eu de présences humaines ou il n’ya pas eu de traces de pesticides, vous passez directement en Agriculture Biologique, donc c’est le rôle de l’organisme de certification que je viens de créer.

Est-ce que tous les produits certifiés Agriculture Biologique (AB) sont-ils bons pour la sante ?

Tout ce qu’on produit selon les règles de l’Agriculture Biologique est bon pour la santé.  Maintenant, les produits cultivés sont différents des produits transformés. Certains produits transformés peuvent contenir un taux élevé de sucre, par exemple dans la composition des yaourts. Un yaourt produit en conventionnel peut avoir le même taux de pourcentage en sucre qu’un yaourt certifié AB. En général, les produits certifiés agriculture biologique sont plus sûrs que les produits conventionnels. Ce qui est intéressant en agriculture biologique, c’est la traçabilité parce que depuis la graine, on a la trace de l’acheteur, on sait où vous avez acheté votre graine, quand vous l’avez achetée et quand vous l’avez semée. Donc, je disais que la particularité en agriculture biologique, c’est la traçabilité, tout ce que vous mangez vous savez d’où ça vient vous n’êtes pas surpris, vous savez qui est le producteur parce qu’en général, on le mentionne même sur les étiquettes. Donc en agriculture biologique, c’est la traçabilité des produits qui est très importante.

Qu’est-ce qu’un pesticide ?

Ce sont des substances chimiques qui permettent aux plantes de vite se développer, d’avoir un meilleur rendement mais en revanche, elles détruisent tout ce qui est autour d’elles. Quand vous utilisez des pesticides, vous avez certes un meilleur rendement,   si vous voulez avoir beaucoup de tomates, vous aurez des tomates très vite dans les trois « 3 » mois si vous le voulez, mais les conséquences sont nombreuses : destruction du sol et du sous-sol, destruction de toute vie autour des auxiliaires. On a plus de vers de terre qui enrichis le sol, c’est leur rôle parce que   dans le souterrain ils creusent des galeries mais si vous détruisez tout ça,  il y’a plus de vie et après le sol s’appauvrit et au-delà de ça, tous les aliments à base de  pesticides sont responsables du problème de santé publique aujourd’hui. Ce ne sont pas seulement les consommateurs qui sont directement malades, il y a également les producteurs. Les pesticides sont très néfastes pour la santé et l’environnement.

Quel est votre combat aujourd’hui ?

Mon combat aujourd’hui, c’est que les producteurs, les femmes paysannes, les jeunes qui veulent se lancer dans l’agriculture se mettent directement dans l’agriculture biologique et  qu’on oublie les pesticides qui détruisent nos sols et  sous-sols. Qu’est-ce qu’on va laisser aux générations futures si nos sols sont appauvris ? Il n’y aura rien pour eux. Le  sous-sol guinéen est très riche,  on n’a pas besoin de pesticides, il faudrait qu’on puisse laisser la nature faire son travail et qu’on le fasse pour le respect de l’environnement.

 Quel appel avez-vous à  lancer à l’endroit des autorités et des paysans de Guinée?

Je lance aujourd’hui un appel à l’endroit du président de la République, au Premier Ministre, également à la ministre de l’agriculture de doter la Guinée d’une agence d’agriculture biologique à l’instar des autres pays limitrophes afin de nous permettre d’avoir une règlementation nationale autour de l’agriculture  biologique. Ceci,  pour que nous puissions aussi accompagner nos producteurs à aller vers cette agriculture, aussi exporter parce qu’en exportant, la Guinée va créer de la richesse avec l’entrée des devises. C’est un marché qui nous échappe,  n’oublions pas que les pays limitrophes comme le Sénégal, la Côte D’ivoire et d’autres pays qui ne sont pas forcément limitrophes comme le Burkina viennent en Guinée acheter nos mangues qu’ils vont revendre beaucoup plus chères en Europe  parce que tout simplement, elles sont  certifiées dans ces pays.

La Guinée n’est malheureusement pas  dotée  d’une réglementation nationale, dans  ce cas, les gens ne vont plus acheter nos fruits et légumes de façon informelle et c’est de l’argent qui échappe au gouvernement mais si nous dotons notre pays de cette réglementation,  nous allons encourager les producteurs à avoir un meilleur revenu, nos éleveurs aussi parce que l’agriculture biologique n’est pas que l’agriculture, il y’a l’élevage également. Nos vaches sont maigres donc avec l’agriculture biologique, on peut les amener à être plus engraissées et aussi avoir de meilleurs revenus au niveau des éleveurs. C’est toute une économie et une vraie chaine de valeur qui sera mise en place et génératrice d’emploi.

Aux collègues paysans, donnons-nous la main et qu’on regarde dans une bonne Direction qui est une agriculture saine qui vous préserve, qui vous laisse en bonne santé au-delà de l’argent. Il faut penser à son bien-être parce qu’avec l’agriculture biologique, nous aurons le meilleur revenu différent de l’agriculture conventionnel.

Votre mot de la fin

Vivent les paysans que nous sommes et vive l’agriculture biologique.

Propos recueillis par Hawa Diallo

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